Ke : celtique : inconnu. Dérivé : Keu
Neven : celtique : de nenv, ciel. Dérivé : Nevena
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"de ce côté-ci, [Lloyd] de celui-là, et Mme [Sheckler] près du feu...
Il y aurait dû y avoir une quatrième veilleuse.
Dans son sommeil, Mme [Sheckler] eut un rêve. Elle rêva que le pays de l'[...] s'était dangereusement rapproché, et qu'un étrange garçon en était débarqué. Il ne l'effrayait pas, elle l'avait déjà vu sur le visage des femmes qui n'ont pas d'enfant, et peut-être le voit-on également sur le visage de certaines mères. Mais, dans son rêve, il avait troué le voile qui cache la contrée de [...], et elle vit [Nevena], [Lloyd] et [Rolf] qui regardaient par ce trou.
Jusque-là, pas de quoi fouetter un chat. Mais, tandis que le rêve se poursuivait, la fenêtre s'ouvrit violemment et un garçon sauta sur le plancher. Une étrange lumière, pas plus grosse que le poing, l'accompagnait et dansait follement dans l'air de la chambre, comme si elle était vivante. A mon avis, ce fut-elle qui réveilla Mme [Sheckler].
Elle poussa un cri, vit le garçon, et je ne sais comment reconnut aussitôt [Keu Ellupo]. Si vous aviez été là, ou moi, ou Nevena, nous aurions vu qu'il ressemblait beaucoup au fameux baiser de Mme [Sheckler]. C'était un charmant petit gars, vêtu de feuilles et des résines qui suintent des arbres. Mais ce qu'il y avait de plus adorable en lui, c'étaient ses dents de lait qu'il avait au grand complet. S'apercevant qu'il avait affaire à une grande personne, il lui adressa un grincement de ses vingt petites perles blanches."
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"de son lit. Hélas ! elle ne se réveillait jamais, aussi lui était-il impossible de savoir comment elle le savait. Elle le savait, un point c'est tout.
- Tu dis des sottises, mon trésor! Personne ne peut entrer dans la maison sans frapper.
- Je crois qu'il entre par la fenêtre.
- Ma chérie, voyons ! au troisième étage ?
- Les feuilles mortes ne se trouvaient-elles pas au pied de la fenêtre, maman ?
C'était vrai ; c'était là qu'on les avait trouvées !
Mme [Sheckler] se demandait ce qu'il fallait en penser, tout cela semblait si naturel à [Nevena] qu'on ne pouvait classer l'affaire en prétendant qu'elle avait dû rêver.
- Mon enfant, s'écria Mme [Sheckler], pourquoi ne pas m'en avoir parlé plus tôt ?
- J'ai oublié, dit [Nevena] avec insouciance. (De fait, elle avait hâte de prendre son petit-déjeuner.)
Bon ! [Nevena] avait dû rêver.
Pourtant, ces feuilles étaient bien là. Mme [Sheckler] les examina attentivement. Ce n'étaient plus que des squelettes de feuilles, mais elle pouvait certifier qu'elles ne provenaient d'aucun arbre connu en Angleterre. Elle se mit à quatre pattes sur le plancher, scruta à la chandelle les empreintes d'un pied bizarre, explora la cheminée à l'aide du tisonnier, sonda les murs. Puis elle laissa se dérouler un ruban de la fenêtre jusqu'au trottoir : cela représentait une dizaine de mètres, avec guère plus qu'une gouttière pour grimper jusqu'en haut. Plus de doute, [Nevena] avait rêvé.
Eh bien non, elle n'avait pas rêvé, comme cela fut démontré précisément la nuit qui suivit et qui marqua le début des extraordinaires aventures des jeunes [Sheckler].
Cette nuit-là, donc, les enfants allèrent une fois de plus se coucher. C'était le jour de congé de [Shanti] et Mme [Sheckler] les avait-elle même baignés, puis bercés jusqu'au moment où, l'un après l'autre, ils avaient lâché sa main pour glisser lentement vers le pays du sommeil.
Ils avaient l'air si calme, si paisible, qu'elle sourit de ses propres frayeurs et s'assit tranquillement pour coudre auprès du foyer. C'était une chemise destinée à [Rolf], la première chemise de sa vie, qu'il mettrait le jour de son anniversaire. La chaleur du feu était douce, la chambre faiblement éclairée par les veilleuses et, à présent, la couture avait glissé sur les genoux de Mme [Sheckler]. Puis sa tête dodelina, oh ! fort gracieusement. Elle s'était endormie. Regardez-les tous les quatre, [Nevena] et [Rolf]"
J.M.B